A single man

Tom FORD – USA 2009 1h39mn VOSTF – avec Colin Firth, Julianne Moore, Matthew Goode, Nicholas Hoult..

Du 24/02/10 au 23/03/10 à Toulouse Utopia

A SINGLE MAN

À voir la magnifique maison de George Falconer, son goût exquis qu’aucune faute ne vient perturber, sa luminosité chaleureuse, ses grandes baies ouvertes sur une nature paisible, on est en droit de penser que la vie de cet universitaire bientôt quarantenaire, professeur de littérature anglaise, est empreinte de la sérénité de l’homme à qui tout a réussi.
Quand George commence sa journée, tout est à sa place, sa seule hésitation viendra de l’embarras à choisir un de ses costumes parfaitement repassés avant de monter dans sa Cadillac impeccablement lustrée et de rejoindre ses étudiants.
Et pourtant George cache une faille insondable, au fond de laquelle il a plongé sans jamais parvenir à remonter, un secret qui le détruit sans qu’il puisse l’exprimer, un tourment dont l’issue ne peut être que fatale.

Car nous sommes en 1962 à Los Angeles. Et contrairement à l’Angleterre qui se libère de son conservatisme et plonge dans les joyeuses swinging sixties (les hasards de la programmation vous permettent de découvrir au même moment le très réussi Une Education, qui évoque une ambiance contemporaine du côté d’Oxford), l’Amérique de 1962, c’est celle de la peur. D’abord la peur du communisme représentée par Cuba, qu’on suspecte, du 16 au 28 octobre 1962, de s’apprêter à frapper les Etats Unis avec des missiles nucléaires. Et par extension la peur de l’ennemi intérieur qui est, dans l’esprit de l’Américain moyen, blanc, anglo-saxon et protestant, tout ce qui est différent de lui. Par exemple les homosexuels qui, peu de temps avant, ont fait littéralement l’objet d’une chasse aux sorcières du sénateur McCarthy… Et il faudra attendre 1969 et les émeutes de Stonewall pour que l’homosexualité ait une visibilité.
Et George est non seulement homosexuel mais inconsolable de la perte accidentelle de son cher Jim. Une souffrance qu’il ne peut se confier qu’à sa meilleure amie, Charley, splendide rousse quadra divorcée et portée sur le Gin Tanqueray. Charley qui l’aime d’un amour vain mais sincère. A Single Man raconte, sur une période courte de quelques jours, le cheminement d’un homme, sans extravagance mais à la richesse intérieure singulière, vers la mort ou au contraire son retour à la vie. Comment parvenir à vivre après Jim ? Cela passera par la rencontre avec un fascinant prostitué latino, ou par l’affection grandissante d’un jeune étudiant qui a compris le vide qu’il y a à combler chez George.

Tom Ford, grand créateur de mode (il fit la renaissance de Gucci avant de travailler chez Yves Saint Laurent), utilise parfaitement sa rigueur esthétique et son affection pour le classicisme des fifties pour décrire l’évolution de l’humeur de Georges. Les plans – impressionnant travail sur la couleur – ressemblent parfois irrésistiblement à des tableaux de Hopper, mélancoliques dans la description froide de l’homme seul face à une architecture ou un décor impeccable, ou bien évoquent par un hommage presque religieux certains films de Hitchcock.
Colin Firth rend tout simplement magnifique le personnage de George, entre classe suprême (on pense à Marcello Mastroianni dans Huit et demi) et fragilité infinie. Et Julianne Moore est splendide en amie/amante (on comprend qu’elle a su brièvement convertir brièvement George aux plaisirs de l’hétérosexualité) compréhensive et déçue, qui trouve son réconfort dans l’alcool.

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