Ma vraie vie à Rouen

Dimanche 19 avril à 15h00 – ABC ALBAN MINVILLE

France – 2002 – 1h42mn

Étienne reçoit en cadeau une caméra numérique et va alors filmer sa vie à Rouen. Sa vie
d’adolescent avec sa mère, son copain, son prof ; sa vie de patineur artistique, ou d’amoureux
débutant.


Drôle de personnage que cette caméra omniprésente, qui capte des moments vrais et qui
induit des mises en scène, qui provoque des réactions gênées, agressives ou complaisantes de la
part de l’entourage, qui pousse Étienne à s’interroger beaucoup sur lui-même jusqu’à la découverte
de son homosexualité.

Le personnage principal de cette comédie, c’est indubitablement la caméra. Cette caméra que le héros (Étienne) reçoit en cadeau d’anniversaire et avec laquelle il va filmer les événements de sa « vraie vie à Rouen ». Tous les termes de ce titre sont pertinents :

« Rouen » : Étienne nous promène dans tous ses lieux de vie, le port, les rues, la librairie, le lycée, la patinoire, le parvis.

« ma vie » : il filme sa vie quotidienne de lycéen, de patineur, de fils, mais surtout celle des autres ; il capte (et favorise) l’histoire d’amour de sa mère avec Laurent, son prof ; il scrute (et vit par procuration) les amours tumultueuses de son copain Ludo, le tombeur de filles. Sa position d’observateur, en marge, va le conduire à s’interroger sur sa propre sexualité et progressivement c’est lui qui va se dévoiler, pour enfin passer à l’acte.

« vraie » : c’est le nœud de la question. Car qu’est-ce qui peut être vrai devant, derrière, ou avec une caméra ?

Il y a le documentaire reconnaissable des événements individuels ou collectifs de quatre saisons de l’année 2001-2002 : le passage à l’Euro, les Présidentielles, la manif du 1er mai, de même que la description de l’appartement, des jouets d’enfant, des rapports familiaux. La vérité aussi de la forme « imparfaite » qui intègre les loupés – mais jusqu’à quel point ? La vérité enfin de la naïveté d’Étienne, qui regarde le monde avec ses yeux tout neufs d’ado sincère.

Cependant les gens qui forment son entourage sont enrôlés malgré eux dans un film dont ils deviennent les personnages et les scénaristes, et ils vont tour à tour se prêter au jeu ou le rejeter. Vérité de la gêne, de la colère – quelle belle performance d’actrice de la part d’Ariane Ascaride que de savoir à ce point imiter la maladresse de la personne filmée ! Vérité aussi des mises en scène : on joue et on montre qu’on joue la scène de Noël, de l’anniversaire, de l’opéra. On refuse de se montrer nu, physiquement ou psychologiquement, mais la caméra traque. La caméra qui, par la bouche d’Étienne dialogue avec le personnage filmé, le convainc, le manipule.

De sorte que ce troisième film de Ducastel et Martineau nous offre l’occasion d’une réflexion utile sur l’image et le film, tout en nous tenant sous le charme de personnages touchants et vrais (oui, vrais, finalement !)

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